En bref
Rabattez progressivement l'olivier sur 2 à 3 ans en fin d'hiver, en ne supprimant pas plus de 30 % du volume par an et en coupant toujours au-dessus d'une branche latérale orientée vers l'extérieur.
Votre olivier a pris des proportions inquiétantes, son sommet tutoie les 5 ou 6 mètres, et vous ne savez plus comment en récolter les fruits ni simplement en profiter. Avant de sortir la scie, sachez qu’une taille sévère mal conduite peut le condamner. Heureusement, il existe une méthode progressive, éprouvée par les oléiculteurs, pour le rabattre en toute sécurité. Je l’ai moi-même appliquée sur un arbre de jardin en trois ans, et je vais vous en livrer les étapes clés.
1. Diagnostiquer avant de couper : pourquoi votre olivier est monté si haut
Un olivier qui s’élance vers le ciel n’est pas un caprice, c’est une réponse à son environnement. Comprendre les causes vous évitera de reproduire les mêmes erreurs après la taille.
D’abord, le manque de lumière est le moteur numéro un. Planté trop près d’un mur, concurrencé par d’autres arbres (comme un catalpa planté sans anticiper son développement), l’olivier développe des gourmands (ces longues tiges verticales poussant sur le tronc ou les charpentières) pour capter le moindre rayon. Ces rejets aspirent la sève au détriment des branches fruitières, tout en faisant grimper la hauteur. Ensuite, une taille d’entretien trop timide ou mal orientée favorise la dominance apicale : l’arbre concentre son énergie vers le sommet. Enfin, certaines variétés ont un port naturellement érigé, mais l’absence de sélection des branches basses transforme vite une boule compacte en fuseau.
Avant d’envisager la moindre coupe, observez la structure de la ramure : repérez les branches verticales vigoureuses, celles qui partent du centre et montent sans ramification latérale. Elles seront vos cibles prioritaires. Notez aussi les points de greffe (s’il y en a) et l’état sanitaire général. Un arbre affaibli par une maladie ou la sécheresse supportera mal une réduction agressive.
2. Les 3 erreurs fatales à éviter absolument
Écimer à l’horizontale : la fausse bonne idée
Couper toutes les branches sommitales au même niveau, comme on taillerait une haie, est le réflexe à bannir. Cet écimage brutal crée une multitude de plaies horizontales qui cicatrisent mal, et stimule la naissance de dizaines de rejets verticaux juste sous la coupe. Résultat : l’arbre se referme encore plus dense l’année suivante, et la production d’olives chute. La coupe correcte se fait toujours en biseau, au-dessus d’un bourgeon orienté vers l’extérieur, pour diriger la repousse vers l’extérieur et le bas.
Tailler en été : un stress hydrique mortel
L’olivier supporte la chaleur, mais pas la combinaison chaleur + plaies de taille. En coupant entre juin et août, vous exposez le bois à une évapotranspiration massive, alors que la sève circule à plein régime. Le stress hydrique affaiblit l’arbre, qui peut alors perdre des charpentières entières. La période idéale de taille se situe en fin d’hiver, dès que les risques de fortes gelées sont passés (février à mars dans la plupart des régions). Dans les zones plus froides, où l’on rentre les oliviers en pot, une taille en automne est tolérée, mais toujours hors gel et avant la floraison.
Vouloir tout faire en une seule fois
Réduire un olivier de moitié en un seul passage est le meilleur moyen de le tuer. Au-delà du volume de bois supprimé, c’est l’équilibre entre la masse racinaire et la masse foliaire qui se rompt : les racines continuent à pousser, mais sans assez de feuilles pour la photosynthèse, l’arbre s’épuise. Rabattez toujours la couronne sur 2 ou 3 ans, surtout pour les sujets âgés de plus de 20 ans. Chaque année, on enlève au maximum 30 % de la ramure vivante. Cette progressivité laisse le temps à l’arbre de reconstituer ses réserves et de former des bourgeons latents sur le bois restant.
3. Le plan d’action en 3 ans pour réduire la hauteur
Voici la méthode pas à pas que j’ai appliquée, avec succès, pour ramener un olivier de 5,50 m à 3,20 m de hauteur. Elle repose sur le principe du tire-sève : on conserve toujours une branche latérale vigoureuse qui « tirera » la sève et empêchera l’apparition de gourmands chaotiques.
Année 1 : supprimer 30 % des branches verticales et désigner un tire-sève
La première saison, n’intervenez que sur les gourmands et branches verticales qui traversent la couronne de bas en haut. Repérez la plus grosse charpentière montante. Au lieu de la couper à sa base, rabattez-la sur une ramification latérale déjà bien installée, située à mi-hauteur et tournée vers l’extérieur. Ce rameau deviendra le nouveau « sommet » de l’arbre et servira de tire-sève. Taillez-le au-dessus d’un bourgeon latéral pour qu’il s’étoffe. Supprimez également les branches mortes, malades ou qui se croisent au cœur de la frondaison, afin d’amener lumière et aération. Utilisez toujours un outil bien affûté, et appliquez un mastic cicatrisant sur toutes les plaies de coupe supérieures à 2 cm de diamètre pour éviter le développement de champignons (fumagine notamment).
Année 2 : rabattre la couronne sur des ramifications latérales basses
Un an plus tard, l’arbre a réagi à la première taille : le tire-sève désigné a pris de la vigueur, et de nouvelles pousses latérales sont apparues sur les branches restantes. C’est le moment de réduire la hauteur définitive. Sur les charpentières qui dépassent encore la hauteur souhaitée, rabattez-les en les raccourcissant jusqu’à une ramification latérale bien orientée, de préférence vers l’extérieur ou le bas. L’objectif est de former une couronne en gobelet abaissé, centrée autour de 3 à 5 branches maîtresses. N’hésitez pas à conserver un ou deux rameaux un peu plus hauts si la vigueur du tire-sève est insuffisante : ils continueront de capter l’énergie sans dominer. De nouveau, protégez chaque grosse plaie au mastic.
Année 3 : entretenir la nouvelle silhouette et gérer les rejets
Désormais, l’arbre a retrouvé une forme compacte et proportionnée. La troisième année est une année de taille d’entretien classique : supprimez les repousses verticales (gourmands) qui ne manqueront pas d’apparaître sur le tronc, le long des charpentières ou autour des plaies de coupe. Intervenez dès qu’elles mesurent une vingtaine de centimètres, en les pinçant ou en les coupant à ras. La couronne doit conserver son aération : éliminez les rameaux qui poussent vers l’intérieur. Vous pouvez alors commencer à effectuer une taille de fructification classique, tous les deux ou trois ans, pour maintenir le gabarit.
Si, malgré vos efforts, l’arbre émet trop de rejets vigoureux, c’est souvent le signe que le tire-sève choisi n’était pas assez fort. Dans ce cas, sélectionnez-en un nouveau parmi les rejets les mieux placés, et rabattez à nouveau les branches trop hautes la saison suivante. Patience : chez les sujets âgés, la stabilisation peut demander une année supplémentaire.
4. Cas particulier : rajeunir un vieil olivier centenaire
Un olivier centenaire devenu trop haut exige une approche encore plus prudente. Ces arbres possèdent une architecture complexe, un tronc souvent creux et une moindre capacité de cicatrisation. Ne jamais pratiquer un recépage total (couper le tronc à ras du sol) : même si les oliviers sont réputés pour leur résilience, un recépage intégral sur un sujet âgé expose le système racinaire à un dessèchement fatal.
La taille de rajeunissement se conçoit sur 4 à 5 ans. La première saison, contentez-vous d’éclaircir le centre en supprimant 20 % des branches mortes et des gourmands les moins bien placés. L’année suivante, sélectionnez 3 ou 4 belles branches latérales basse pour remplacer progressivement les charpentières trop hautes. Rabattez chaque charpentière dominante sur un rameau latéral d’un diamètre suffisant (au moins un tiers de la branche mère). Chaque plaie de coupe sera systématiquement badigeonnée de mastic additionné d’un fongicide à base de cuivre, pour contrer l’apparition de la fumagine. Apportez un engrais organique riche en potasse au printemps pour stimuler la reprise des racines. Enfin, en cas de doute, faites appel à un oléiculteur ou à un élagueur professionnel : certains arbres centenaires sont classés ou protégés, et un diagnostic sur site reste indispensable.
5. Sécurité et gestion des déchets verts
Travailler en hauteur sans danger
Un olivier trop haut, c’est aussi des coupes à 3, 4 ou 5 mètres du sol. N’utilisez jamais une tronçonneuse en hauteur sans une formation et un équipement adaptés : la législation l’interdit pour les particuliers non formés, et le risque d’accident grave est réel. Préférez une scie d’élagage manuelle ou un ébrancheur à long manche pour les branches de diamètre inférieur à 5 cm. Si vous devez grimper, utilisez une échelle stabilisée (avec un angle de 70°), et surtout, portez un harnais d’élagage avec longe de sécurité arrimée à un point d’ancrage solide. Pour les interventions sur des arbres de plus de 5 mètres, faites appel à un élagueur professionnel équipé d’une nacelle : le coût (entre 250 et 500 € selon l’envergure) est bien inférieur à celui d’un accident.
Que faire du volume de branches coupées ?
Lorsqu’on rabat un olivier, on se retrouve soudain avec un volume impressionnant de déchets verts. La solution la plus astucieuse consiste à broyer sur place les branches à l’aide d’un broyeur de végétaux. Le broyat obtenu forme un excellent paillis : épandu en couche de 5 à 10 cm au pied de l’arbre (sans toucher le tronc), il limite l’évaporation, nourrit le sol en se décomposant, et restitue une partie des nutriments extraits par l’arbre. Si vous n’avez pas de broyeur, louez-en un pour une demi-journée (environ 40 à 60 € selon les régions), ou regroupez les branchages en fagots pour qu’ils sèchent, puis brûlez-les en respectant la réglementation locale sur les feux de jardin (pensez aussi aux horaires pour la tonte de pelouse qui sont également réglementés). En dernier recours, la déchetterie accepte les déchets verts, mais le transport de volumes aussi encombrants est souvent fastidieux.
FAQ : Comment tailler un olivier trop haut : la méthode en 3 ans
Peut-on couper la tête d’un olivier ?
Couper la cime à l’horizontale (écimage) est fortement déconseillé. Cela affaiblit l’arbre, réduit la fructification et provoque une repousse désordonnée de gourmands. Il vaut mieux rabattre les branches hautes une par une sur une ramification latérale.
Quand tailler un olivier en pot devenu trop haut ?
La fin d’hiver (février-mars) reste la période idéale. Si l’olivier doit être hiverné en intérieur, taillez-le en automne juste avant de le rentrer, afin de limiter son encombrement.
Comment faire si l’olivier est très vieux et énorme ?
Pour un sujet âgé, procédez par étapes sur 3 ans : année 1, éliminez les branches mortes et les gourmands à l’intérieur ; année 2, réduisez la hauteur d’un tiers en utilisant des tire-sèves ; année 3, peaufinez la silhouette. Au moindre doute, faites appel à un arboriste.
Que faire du volume de branches coupées ?
Ne les brûlez pas. Passez-les au broyeur pour obtenir un paillage protecteur autour du tronc, ou utilisez-les pour créer une haie sèche. Certaines déchèteries acceptent les déchets verts pour compostage.